Thème ou Tempo ?
une musique d'enfer !
25 disques géniaux en 2011

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25- Julia Stone – The Memory machine

De la mélodie gracieuse à la mélodie poignante, on explore le sujet à travers 10 morceaux. La chanteuse australienne qui œuvrait depuis 2 albums dans un duo frère-soeur, Angus et Julia Stone, nous offre ici son 1er album solo. Constitué de questions, l’album ressemble au journal intime d’une adolescente qui aurait, sans le savoir, la plume d’un maître.

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24- Brigitte Fontaine – L’un n’empêche pas l’autre

Dans mon imaginaire d’enfance, Brigitte Fontaine c’est la dame de la TV qui fait rien qu’à dire n’importe quoi ! 2011 me l’a fait découvrir. Sur un album conçu autour de la dualité, à base de compositions et d’extraits de son répertoire réorchestrés, elle plonge son auditeur dans un recueil où chaque chanson est un poème. Sur des orchestrations symphoniques denses et souvent orientales, la septuagénaire de 15 ans enchaîne les morceaux faussement potaches et les grands questionnements tel le sublime Les Vergers en duo avec Bertrand Cantat. De quoi donner envie aux novices de mon espèce d’aller fouiller plus en avant le reste de son imposant répertoire.

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23- Brad Scott – The Serge Gainsbourg experience

Bassiste, chanteur, compositeur, le britannique Brad Scott n’est pas le premier à revisiter le répertoire de Serge Gainsbourg. Il nous en offre pourtant une lecture personnelle, singulière et inédite, tantôt en français tantôt en anglais : des reprises aux accents “rock de cabaret” qu’on imaginerait accompagnées par un joueur d’orgue de barbarie sur une balançoire rouillée. Ici Brad Scott repeint, tord, déforme Gainsbourg, mais sans jamais le trahir.

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22- Izia – So much trouble

Du haut de ses 21 ans, la cadette de la famille Higelin plante un nouveau jalon dans sa jeune carrière. C’est à une avalanche de « because » rock qu’elle soumet son auditeur, dès les premières notes piégé par la dompteuse de boas, dans un alliage de classe quelque part entre Grunge et Punk.

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21- Susheela Raman – Vel

Matadore sans taureau, Susheela propose de bâtir des ponts entre la Grande Bretagne, sa terre natale, et le sud de l’Inde, terre de ses ancêtres. Des chants tamouls à la pop occidentale, on se laisse emporter dans un tourbillon d’une puissance quasi mystique. Originaire des Indes, nous ne pouvons croire que la bête traquée par la chanteuse et absente de la pochette du disque puisse être un taureau. Droit dans les yeux, le geste est précis et rapide, le regard presque embué de compassion, c’est bien vous auditeur que la belle a décidé de piéger… ou pire encore !

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20- Radiohead – The King of limbs

Annoncé seulement une semaine à l’avance, The King of limbs a provoqué en quelques minutes un frisson international qui s’est répandu comme une pandémie. Promettant le “1er album journal” de l’histoire de la musique, Radiohead intriguait avec cet appendice dub qui se traduit dans un sens de la mélodie réduit au strict minimum et une rythmique hyper aiguisée… l’aboutissement d’un groupe de rock qui n’a plus rien à prouver au rock, mais qui continue de le faire !

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19- Beyonce – 4

Successivement rock, pop, soul, funk, ou rap ; tribale ou reine de la nuit, passéiste et avant-gardiste en même temps, Beyonce, gratifiait l’été 2011 de la première étoile à éclairer les nuits estivales de juillet. 4 fait état d’un R’NB sobre et juste porté par une voix immense, une instrumentation haut de gamme et une production impeccable.

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18- Hanni El Khatib – Will The Guns Come Out

Fédérant en un album la musique des pionniers américains, Hanni El Khatib propose sa lecture de la naissance du Rock du temps où il s’inventait à côté du Blues, du temps où noirs et blancs faisaient la même musique mais qu’on la nommait autrement. Le tout respire le garage humide et la Fender usée brocantée une bouchée de pain. Une musique puisée à la source, là où l’eau est bourbon et les remèdes issus d’un venin dilué dans l’esthétique singulière d’un rock encore capable de battre rythme et mélodie avec 5 pauvres accords et un groove de malade.

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17- Paul Simon – So beautiful or so what

Depuis son départ du duo Simon & Garfunkel, Paul Simon s’aventure dans la pampa étas-unienne, à la recherche des sources du folk, à l’endroit où il rencontra le blues, et jusque là même où le blues est né (Graceland en 86, où il mariait pop et mbaqanga, musique sud-africaine). En 2011, Simon prolonge la navigation et se perd dans des contrées indiennes, des champs de cotons, etc. dans un folk de grands espaces, aventureux et virtuose : beautiful … what !

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16- Feist – Metals

Leslie Feist accompagnée de ses camarades habituels, Mocky et Gonzales, semble vouloir inviter la Pop music à rencontrer ses lointains aînés. Avec Metals, la chanteuse canadienne dessine une musique authentique et charnelle en quête d’origines restées dans les champs de coton. Contrebasse, saxophone-basse, trombones sont quelques uns des anachronismes que vous pourrez y entendre, avec une mention spéciale pour une rythmique à quatre mains pêchée pourquoi pas dans un delta infesté d’alligators… il est peu de dire que la route fut longue* depuis son précédent The Reminder.

*Clin d’œil lourdingue au récit du navigateur français Bernard Moitessier, « La Longue route », dont elle est une lectrice attentive.

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15- The decemberists – The king is dead

Issu du nord-ouest des Etats-Unis, le quintet associe un folk américain typique issu des gigues et de la Country, à une formation guitare/basse/batterie classique. Il en résulte une succession de morceaux folk alternatif, qui s’ils ne réinventent pas la recette des haricots au lard nous en font une bien belle fournée.

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14- Laura Marling – A creature I don’t know

En 2010, elle nous gratifiait d’un album “folk de grands espaces avec un subtil accent traditionnel”. Plus lourd et plus farouche, A creature I don’t know ressemble à un conte d’aujourd’hui. On y retrouve la fameuse pâte folk de l’anglaise où chaque morceau est une histoire qu’on pourrait raconter autour d’un feu ou dans un pub, des légendes que se raconteraient les marins, des chansons que chanteraient les enfants… déjà un classique !

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13- Daphné – Bleu Venise

Le bleu Venise de Daphné est profond mais reste clair, parle du train, des rails, mais nous en montre le voyage, empreinte au folk, au jazz, à la bossa, mais les façonne dans son propre moule. S’offrant des sorties de route comme « The Death of Santa Claus », morceau à l’univers fantastique qui raconte la mort criminelle du Père Noël, la chanteuse française propose des mélodies soutenues par une orchestration à la fois subtile et volumineuse de cordes. Fleur bleue ? Oui, mais bleu Venise !

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12- L – Initiale

Avec sa voix poussive, pas toujours juste, Raphaële Lannadère, dite “L”, offre à cette année 2011 un grand disque au répertoire français. Munie d’une plume sublime et hyper-aiguisée, elle trace une ligne courbe au centre des tourments d’émotions contrastées, évoquant avec noirceur et élégance des thèmes souvent tragiques, telle dans “Petite” l’histoire de cette prostituée sans-papier. De la valse claudiquante à la pop ardente, elle dessine un paysage glaçant d’émoi, dans la même veine, on l’a beaucoup dit, qu’une Barbara en son temps. On ne sera pas surpris d’entrevoir, derrière le rideau, l’ombre d’un héro trop méconnu, le génial Babx qui apporte avec lui, à l’image d’un des titres du disque, son esthétique “Romance et série noire”.

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11- The Kooks – Junk of the Heart

Autour de lignes mélodiques simples, presque évidentes à l’oreille, une instrumentation chaste et une esthétique sobrement surannée, Junk of the heart semble vouloir nous rappeler ce qui motiva par le passé les aînés à tailler le Rock’nRoll dans un bois plus tendre que le roc duquel il était issu… So British !

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10- Joan as police woman – The Deep field

Du nom d’une lointaine galaxie se trouvant dans la constellation de la Grande Ours, The Deep field propose un rock sensuel et dansant, piochant dans la soul ou le R’N’B de quoi électriser des mélodies aux arrangements brillants avec l’optimisme en guise de thème directeur.

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9- Kate Bush – 50 words for snow

50 words for snow, c’est une histoire de neige, du plus banal flocon jusqu’au paysage entier pétrifié par la glace. Comme paralysé par le froid, l’album prend son temps pour planter un décor aérien et flottant issu d’une pop lyrique ponctuée par un chant discret et juste sur une merveille cristalline au piano. Sur le thème de l’amour éphémère, Kate sculpte une gemme symphonisante dont les facettes figées dans le temps dégagent une lumière issue de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

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8- Tom Waits – Bad as me

Du premier morceau chemin de fer à cette marche funèbre ponctuée de cloches, en passant par la ballade jazz au piano usé ou les chants blues importés d’Ecosse, on est spectateur d’une aventure fantasmée quelque part au sud-ouest des États-Unis, le long d’une voix de chemin de fer en construction, là où mexicains, amérindiens, immigrés irlandais et écossais s’observent en silence dans le suspens des coups de pioches lointains et des portes qui s’ouvrent en grinçant sur un piano-bar enfumé.

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7- Fleet Foxes – Helpness Blues

Fils spirituel d’un hypothétique union entre Crosby, Stills, Nash & Young et les Beach Boys, Helpness Blues est une perle sixties échouée dans le futur, un diamant sur lequel dissonances et harmonies s’accordent au travers d’une esthétique touffue composée de multiples lignes mélodiques cisaillées à l’aiguille à coudre.

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6- White Denim -D

Se faisant portes-drapeau d’une forme de fusion jazz-rock, de blues progressif et psychédélique, ils sont sympas les texans de White Denim. Tellement sympas qu’ils distribuaient gratuitement sur internet l’année dernière un album “détente” réalisé pendant leur sessions d’enregistrement de D. Ici, ils se lancent dans un rock fusion coloré, dansant et joyeusement désuet… des musiciens incroyables à la virtuosité rare dans l’univers du rock, qui osent se frotter (c’est moi qui le dit…) aux anciennes ambitions d’un Franck Zappa, lui-même ! Un indice évident ?… Ils osent la flûte traversière !

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5- Lykke Li – Wounded Rhymes

Dotée d’une voix métalique aiguisée comme une lâme de rasoir, la suédoise de 25 ans Lykke Li nous transporte dans un univers dense et sauvage, peuplé de mélodies aériennes tribales où les orgues électriques cotoient les rythmes éthiopiens. Faisant naître le brouillard à partir de la pluie, elle transforme le commun en inédit. S’appuyant sur des codes existants, elle saute des marches et innove une pop organique et indomptable où le naturel flirte avec le mystique. Les influences se mélangent, la mélodie naît d’un assemblage de sons qui se superposent dans un mic mac pop cohérent. En conclusion de l’album, un morceau rituélique appose un point final en une sorte de procession religieuse dirigée vers un ailleurs spirituel lumineux… le futur ? le passé ? le présent ? On approche du “sacré” !

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4- Alex Turner – Submarine (BO)

Composer la BO d’un film ? Fastoche pour le génial leader des Artics Monkeys.

Tout en légèreté l’album passe comme un nuage de beau temps poussé par le vent un soir d’été. Des mélodies d’une finesse incroyable que seuls des magiciens comme Alex Turner sont capables de jouer sans qu’on en voit les ficelles.

On trouve des ponts, des portes qu’on traverse sans même s’en rendre compte, quelque part où il fait bon vivre… pas sûr qu’il ne s’agisse pas là du paradis.

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3- The Streets – Computers and blues

La guerre de cent ans est loin… disons-le maintenant : les anglais ont l’humour le plus raffiné d’Europe. Pour preuve, leur meilleur rappeur est un blanc en polos Fred Perry qui arbore un nom de groupe à lui tout seul, et qui annonce à son apogée la fin de sa carrière après la sortie d’un diamant taillé à la manière dont le feront les Hommes dans mille ans. Avec Computers and blues, il se livre à un exercice de bricolage de garage, où sans jamais utiliser les “bons outils”, il construit rapidement et sans se tromper des mélodies du troisième type à l’intelligence surnaturelle. Avec un humour imparable et un flow lent et dévastateur, Skinner s’illustre par la qualité mélodique et rythmique. On entendra ça et là des influences Soul, Funk, R’n’B, mais c’est bien une machine infernale que vous ferez avaler à votre platine, un monde encore inconnu peuplé de robots où les tempos bourrés de contretemps et variations s’amusent joyeusement et presque facilement à construire des pièces d’orfèvrerie gigantesques sans que cela ne semble poser la moindre difficulté. Avec son univers aux mille facettes, joyeusement bordélique, Skinner ressemble à un gamin de cinq ans à qui on aurait mis un clavier dans les mains et qui ferait mouche à chaque coup… une sorte de Mozart des temps modernes !

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2- Wu Lyf – Go tell fire to the mountain

Wu Lyf, c’est avant tout des initiales mystérieuses World Unite, Lucifer Youth Foundation. Concept à nébuleuse virale, entièrement indépendant, le quatuor autoproduit son premier album par le biais d’un système d’adhésion collective ingénieuse… on commandait leur 1er maxi en vinyle uniquement, avant de le recevoir accompagné d’un bandana conférant droit à vie d’entrer aux concerts du groupe pour une somme modique, où qu’ils jouent dans le monde. Après un an de mystère savamment distillé dans un puzzle casse-tête d’imageries à la fois contestataires et religieuses, Wu Lyf fait tomber le masque dans le fracas d’un grand coup de pied porté dans les burnes du Rock’n Roll. Enregistré dans une église de Manchester, les morceaux associent avec l’énergie du désespoir la mécanique froide et réverbérée de l’orgue aux supplications hurlantes d’un chant au bord de la rupture. Se revendiquant d’un courant inventé Heavy Pop, l’album présente une succession de morceaux tout le temps brûlants où l’harmonie naît du conflit entre la saturation et le rythme, les cris et la mélodie… Un concept total et autonome qui semble vouloir redistribuer les cartes de ce qu’on nommait jadis le rock anglais !

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1 – Panda Bear – Tomboy

Noah Lennox, alias Panda Bear, est à l’électro-pop ce que le panda est à la famille des ursidés : énorme, coloré et unique. Sur son 3ème disque, ce membre du groupe pop-psyché déjà culte, Animal Collective, rabâche des mélodies en boucle comme des prières. Avec une voix bourrée d’écho et une rythmique lente et répétitive, les 1ères notes pourraient laisser croire que le disque s’achète en pharmacie comme remède à l’insomnie… Pourtant, après quelques minutes d’écoute, et une fois l’auditeur plongé sous hypnose, il s’avère l’inverse exacte d’un psychotrope. A l’écoute de cet opus magistral, ce sont tous les sens humains qui s’activent telles des particules subatomiques en fusions. Ces mélodies là ne pouvaient sortir que de la tête d’un génie ! Les sons improbables, les chants incantatoires, la polyphonie (comment ne pas penser aux Beach Boys ?) éveilleront l’âme plutôt que de l’éteindre, et développeront chez l’auditeur une rapide et profonde addiction salvatrice pour cette œuvre entière, de la même famille que l’eau ou l’air… vital !